Les carrières

Le randonneur parcourant la montagne de Remigny est surpris par toutes les carrières qu'il découvre. Petites excavations depuis longtemps reconquises par la nature, front de taille dont la patine se fond dans l'environnement ou plaie béante suite d'une récente extraction témoignent de leur pérennité.

Qu'elles se nomment carrière Grise, carrière des Mouches, de la Renardière, des Nobles, carrière Rouge ou Sous la Chaume, toutes sont riches de leur spécificité.

Lors de leur exploitation, le premier découvert fournira « les laves » ou « lauzes », grandes pierres plates disposées en couverture dont les énormes charpentes en ont supporté le poids. Puis en couche régulières surgiront « la mureuse », pierre à construire par excellence, et plus profondément enfoui le bloc dans lequel les montants et couvertes de nos portes et fenêtres seront taillés.

Pour une autre carrière ce sera soit la pierre industrielle destinée au concassage ou la pierre à chaux initialement brûlée et plus tard expédiée vers les hauts fourneaux du Creusot pour servir de fondant.

Les toutes premières extractions se feront au stade artisanal pour les carriers au fond du trou, neuf heures de travail par jour, six jours par semaine, en pleine chaleur; il faudra bien « mouiller la meule ».

Mais la famille est nombreuse et la soupe est claire. Les quelques hobereaux du village en possèdent toutes les terres. Qu'à cela ne tienne, à force de courage et de ténacité, arrachant à la terre la pierre des murgets d'aujourd'hui, ils disputeront à la lande, au prix d'incroyables efforts quelques ouvrées viticoles, bien humbles surfaces, le creuset cependant des exploitations d'aujourd'hui.

De tout temps la pierre a toujours été charriée par tombereau. Avec la construction du Canal du Centre ce sera désormais d'incessants attelages qui la conduiront à son lieu d'embarquement, le long des levées, au plus près des lieux de productions.

Beaucoup d'ouvriers, un grand nombre de vigoureux percherons qu'il faut nourrir, entretenir un matériel roulant dans des conditions difficiles, toute une maintenance qu'il faut assurer, feront que le village s'articulera pour beaucoup autour de ses carrières.

Elles seront pour la plupart communales et assurent le principal revenu du village. Malgré les charges imposées, leur amodiation triennale fera l'objet d'intenses convoitises, la commune devant pour sa part en aménager les accès.

A cette époque le travail était roi. Après une harassante semaine passée en carrière, les ouvriers, le dimanche matin chargeront à la brouette, les cent quatre-vingts tonnes de pierres dans la péniche amarrée à quai.
Le bateau étant vide, le dénivelé de chargement d'environ d'un mètre trente s'estompera peu à peu au rythme de leur fatigue et sous la surveillance du mirador installé dans le château Bonnefoy (actuellement propriété de Mr Bonnet.)
Des années à manier la masse et la barre à mine, cela muscle; et après fortes absinthes les règlements de compte avec leurs voisins de Santenay et de Chassagne au lieu-dit  « ruelle aux loups », seront tout particulièrement vigoureux.

Une des plus importantes carrières de Remigny, « Sous la Chaume », exploitée au début du vingtième siècle par Monsieur Dutray, était réputée pour sa pierre à chaux jadis brûlée de I ‘autre côté du canal dans un four encore admirablement conservé, fierté de M et Mme Pelé, les actuels propriétaires.
Pendant les années quarante, dans de biens modestes bâtiments dont il reste les vestiges, Mr Prudhon traitera à nouveau la pierre afin d'obtenir la chaux vive qui, une fois éteinte, était indispensable à la viticulture.

Entre temps le progrès est arrivé dans les années vingt aux « Nobles », avec la construction d'un concasseur alimenté par wagonnet.  A la même époque les carrières Jury se doteront d'un énorme camion à bandage avec transmission par chaîne qui sonnera le glas du convoyage par tombereaux.

Bien plus tard, dans les années soixante-dix, I ‘exploitation industrielle de la Renardière se fera à grande échelle, permettant entre autre la construction de la salle des fêtes. De nos jours, I ‘exploitation des carrières qui à l'époque fournissait dix pour cent du budget communal est maintenant terminée, et ce manque à gagner fait cruellement défaut.

Désormais le temps va peu à peu en effacer les traces, mais il restera à tout jamais au flanc de notre montagne le témoignage de tant d'efforts et d'acharnement à construire ce monde d'aujourd'hui.

                                                                                                                                                                                           Henri.


NB : les carrières ne sont pas mortes. Notre société des loisirs a vite fait de les réutiliser pour le bonheur des grimpeurs (voir dans l’onglet tourisme la page escalade).
 
 
 
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